Ma matinée chez les Gaulois
«Je peux dormir ici?» ai-je demandé à la directrice du musée Pointe-à-Callière, Francine Lelièvre, au moment où elle est venue me dire au revoir. La salle, remplie de journalistes une heure plus tôt, était quasi-déserte.
Quiconque s'intéresse à l'histoire et au vin prendra plaisir à musarder parmi les artéfacts de l'expo À ta santé, César! Le vin chez les Gaulois. Réalisé par Pointe-à-Callière en partenariat avec le Département du Rhône et ses musées gallo-romains de Lyon-Fouvière et de Saint-Romain-en-Gal-Vienne, l'événement rassemble près de 200 objets, dont quelques-uns prêtés par le musée du Louvre.
J'ai bien dû m'exclamer une bonne vingtaine de fois («ah bon?») en déambulant entre les amphores, costumes et autres oeuvres d'art. Quelques faits qui m'ont marquée:
• La genèse: Des jarres datant de 5400 ans avant notre ère ont été découvertes à Hajji Furuz Tepe, en Arménie.
• Bière ou vin: On ignore lequel a été inventé le premier, mais on sait que la bière est apparue très tôt en Mésopotamie. Alors que le vin était réservé aux rois, on buvait la boisson à base de céréales au quotidien.
• Femmes et vin: Dans l'Antiquité, époque où les femmes jouaient généralement un rôle bien secondaire (!), les Égyptiennes avaient le droit de posséder des vignes et de boire du vin.
• Loin de la coupe: Les nobles égyptiens buvaient leur vin à la paille.
• De l'eau dans son vin: Selon les Grecs, seuls les barbares buvaient le vin pur. Ainsi, après le repas, lors de ce que l'on appelait le «symposium» (qui signifie «boire ensemble»), se déroulait un rituel raffiné: on offrait du vin à Zeus, on se lavait les mains, on se parfumait et on se couronnait avant de s'allonger sur les lits de banquet. Un esclave versait ensuite du vin et de l'eau dans un «cratère» (récipient). Santé!
• Le baiser comme preuve de sobriété: Sous la Rome républicaine, le vin était réservé à l'élite masculine. Un «test du baiser» était même pratiqué pour s'assurer que la gent féminine n'en consommait pas. Ainsi, quand une femme rencontrait un membre de sa famille, elle devait l'embrasser sur la bouche pour que ce dernier puisse savoir si elle en goûté à l'interdit.
• Chic fric: Sur la monnaie frappée à l'époque de Vercingétorix (le chef des Avernes, au centre de la Gaule), on pouvait voir des amphores.
• Histoire de princesse: À Vix, en Bourgogne, une puissante princesse celte a été enterrée au pied du mont Lassois avec un immense cratère de bronze. Pourquoi? Pour pouvoir abreuver tout le peuple des défunts, rien de moins! On peut admirer ce cratère, d'une hauteur de 1,64 m et de 1,27 m de diamètre et qui pouvait contenir plus de 1100 litres, à Pointe-à-Callière.
• L'importation: il en a fallut, du temps, avant que les Gaulois aient leurs propres vignes. De nombreux navires transportaient des amphores de Rome à la Gaule (il fallait bien arroser tous ces festins!). Parmi eux, la Madrague apportait environ 6000 amphores d'un des meilleurs crus romains de 75 à 60 avant notre ère. Un jour, le bateau fît naufrage au large de Marseilles. Des fouilles archéologiques effectuées de 1972 à 1982 ont permis de recueillir plusieurs amphores. Quelques-unes sont exposées dans la salle.
• Luxe suprême: Les Gaulois n'hésitaient pas à échanger un esclave contre une amphore. Oui, le vin était considéré comme un produit extrêmement luxueux.
• La faute à César: ironiquement, les vignes gauloises ont été plantées par... les Romains. Jules César faisant cadeaux de terres à ses soldats au moment de leur retraite, ces dernier se sont mis à produire du vin.
Parmi les choses impressionnantes qu'on peut voir à Pointe-à-Callière, mentionnons ces pépins de raisins datant de 2000 ans, un cratère à colonnette arborant une scène de banquet avec Dionysos, provenant du Louvre et de la monnaie à l'effigie de Jules César, prêtée par le Musée des Beaux-Arts de Lyon.
À la fin de l'exposition, dans la petite section consacrée au vin made in Quebec, une toile attire l'attention. Le fond de l'Abbaye de Saint-Vivant, oeuvre de Marc Séguin qui représente ce monastère construit ver l'an 910, a été peint avec du Romanée-Conti, un grand vin de Bourgogne.
L'exposition coïncide avec le 90e anniversaire de la SAQ, partenaire de l'événement. Un jeu rappelant ses pastilles permet d'ailleurs de découvrir les différents types de vin au temps de la Gaule, par exemple «Vin salé et surprenant» ou «Vin herbal et odorant».
Non, je ne passerai pas la nuit au musée. Mais je peux vous dire que j'ai non seulement envie d'y retourner, mais aussi de mettre le cap illico sur la Gaule!
En attendant, je vais effectuer des fouilles archéologiques chez moi pour retrouver mes vieilles bédés d'Astérix...
L'exposition À ta santé, César! Le vin chez les Gaulois, est présentée du 18 mai au 16 octobre 2011 à au musée Pointe-à-Callière.
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