Une Québécoise en Thaïlande
À 27 ans, Manuelle Alix-Suprenant a posé son sac à dos dans une vingtaine de pays. Récipiendaire du concours Jeunes Reporters Sans Frontière alors qu’elle était adolescente, elle a eu l’occasion de découvrir la République dominicaine et la Bolivie et de s’intéresser de plus près à différents enjeux de la coopération internationale.
En 2005, la jeune femme a pris part à l’aventure Bateau pour les Jeunes du Monde et avalé les kilomètres sur différents continents. Cette psychosociologue de formation a également vécu en Asie en 2006, séjour qui lui a permis de côtoyer sa mère biologique en Corée, avant de revenir à Montréal et de fonder l’Association L’Hybridée, un organisme à but non lucratif qui a vise à favoriser le développement identitaire des adoptés devenus adultes.
J’ai suivi sa trace jusqu’à Chiang Mai, en Thaïlande, où elle habite depuis la fin de 2010. Vous avez dit nomade?
Pourquoi Chiang Mai: «Ah, l’amouuuur! J’ai rencontré Pierre-Yves, un Québécois qui a fondé une entreprise à Chiang Mai en 2008, pendant ses vacances à Montréal. La seule façon de poursuivre notre relation était que j’aille le rejoindre en Thaïlande. J’avais en fait déjà visité le pays il y a cinq ans, mais jamais je n’aurais cru y remettre les pieds!»
Son boulot: «Mon employeur m’a permis de prendre un congé sans solde de six mois. Il me fournit malgré tout quelques contrats que je peux accomplir à distance. Il a été assez souple et compréhensif pour me laisser partir (ah! la génération Y!!!). C’était avant tout mon choix.»
Ses journées: «J’ai des contrats (clients de Montréal) qui me prennent quelques heures par semaine, question de subvenir à mes besoins. Outre les obligations professionnelles, je profite du faible coût de la vie pour travailler bénévolement sur différents projets que je n’avais jamais le temps d’accomplir à Montréal. Je prends aussi le temps de penser à moi, chose que j’ai souvent tendance à négliger à cause de le tourbillon du quotidien. Je prends donc des cours de thaï, je fais du yoga, je visite les marchés, je me balade en moto et parfois même, je ne fais rien. Ceux qui me connaissent auront du mal à le croire, mais c’est bel et bien vrai!»
Ce qu’elle aime le plus: «La simplicité et la facilité. Presque tout est accessible à 15 minutes en mobylette. Il est possible de savourer un authentique repas thaï, italien ou japonais pour moins de 5$, les soins pour le corps sont accessibles et peu dispendieux, la nature sauvage (chutes d’eau, montagnes, sources d’eau chaude) se trouve à moins de 20 minutes de la ville et les gens sont courtois, souriants et sympathiques. J’adore aussi le mélange de folklore et de modernité. Les temples (il y en a plus de 500 dans la ville) côtoient les cafés au design si moderne qu’ils n’ont rien à envier à Montréal, New York ou Berlin.»
Ce qu’elle aime le moins: «L'offre culturelle (musées, expositions, spectacles...) est un peu limitée. Je suis une fille de culture (pas juste le folklore, mais tout ce qui est underground et émergent) et je m’ennuie parfois de cette énergie créative de Montréal. Ce qui m’agace aussi, c’est la musique thaïe qui joue partout et est carrément intolérable. D’ailleurs, en thaï, "chanson" se traduit par "pleurer les larmes de son cœur", alors ça vous donne une idée… La mélodie pop ou lyrique semble toujours la même alors que les paroles se résument souvent à "Tu as brisé mon cœur" ou "Oh! je t’aime, je t’aime".
Ses coups de cœur touristiques: «J’adore le quartier branché de Nimmanhaemin. C’est le «Plateau» de Chiang Mai. Les petits cafés bien décorés, les restos sympas, l’architecture et le design qui n’ont rien à envier à Montréal ou même New York!
Dans un style complètement différent, j’adore le marché Warorot, le quartier chinois de Chiang Mai. Désordonné, bruyant et odorant, le marché est aussi surprenant, coloré et fascinant, On y trouve des rouleaux de tissus, des fruits & légumes, de la viande directement sur les comptoirs, des fleurs exotiques, des bijoux, des herbes louches, des meubles et des vêtements. Chaque visite promet une découverte.
À 15 minutes de la ville, il y a le Huay Tung Tao, un lac artificiel au milieu des montagnes où on peut relaxer sur une petite niche de paille sur l’eau. On y va pour lire, relaxer et se baigner. On peut boire et manger pour un rien. L’atmosphère est très thai, aucun touriste à l’horizon.
À une heure de la ville, j’adore le village de Chiang Dao. On peut se rendre au Wat Tham Pha Plong, un temple bouddhiste, en franchissant les 501 marches de la montagne. La vue est magnifique et on se sent apaisé par la nature. On peut profiter des sources d’eau chaude, soit la locale ou l’officielle. Il faut simplement se rappeler que les thais (et les minorités ethniques, qui peuplent la majorité de cette région) ne se baignent pas en maillot de bain, mais habillés de la tête aux pieds. Je sais, je l’ai appris à mes dépends! On va aussi à Chiang Dao pour manger au Nest 2 (hébergement et restaurant). La chef thaï a appris à cuisiner à Londres. On ne s’attend pas à déguster un jarret d’agneau à la sauce au fruit de la passion avec un bon verre de vin au milieu de la jungle, non? Eh bien c’est l’expérience que le Nest 2 nous réserve. J’adore!
Voyager À Chang Mai: «Il est super-facile de voyager en Thaïlande. On trouve une gamme d’hébergement en confort, prix et style alors que la bouffe est variée et délicieuse. Pendant le jour on peut visiter les attractions alors que le soir, les marchés et les kiosques sur la rue sont ouverts jusqu’à très tard. À Chiang Mai, on peut facilement se promener à pieds dans la vieille ville pour découvrir les centaines de temples. On peut aussi louer un vélo ou une petite moto. Bien que personne ne respecte la signalisation (la quoi?), les conducteurs sont habituellement très courtois. On ne craint pas non plus le vol (on laisse le casque sur la moto et on ne met pas de chaîne à la roue).»
J’apprécie normalement une ville ou une région grâce aux gens que je rencontre. À Chiang Mai, les thaïs sont souriants, très relax et ils aiment s’amuser.»
Ses incontournables: «Les gens vous diront le marché de nuit (chaque soir, la rue se transforme avec des dizaines de kiosques). Je pense que c’est un attrape-touristes. Des incontournables? Le temple Doï Suthep, perché au haut de la montagne à 20 minutes du centre de Chiang Mai. C’est LE temple le plus populaire de la Thaïlande. Le camp d’éléphants de Maesa, aussi. On peut faire un tour d’éléphant, les voir se baigner, jouer au soccer ou faire de la peinture!»
«Il y a aussi le Mukata, un barbecue typiquement thaï en plein air. La grille se trouve directement au milieu de la table (un peu comme le barbecue coréen). On se dirige au buffet géant pour choisir la viande, les fruits de mer et les légumes qu’on veut griller. On trouve de tout. Poulet, bœuf et porc, mais aussi tête de poisson et foie. Il y a généralement quelques centaines de personnes, dont très peu de touristes. C’est all-you-can-eat (breuvages et desserts inclus) pour environ 5$. Plaisir et maux de ventre garantis!
Autres incontournables: I-Berry, une délicieuse crème glacée dans un décor excentrique (apparemment, c’est un endroit très prisé par les thaïs qui viennent de partout au pays) et le marché des meubles/décorations/accessoires à Hang Dong. Fans de design et architecture, laissez votre carte de crédit à l’hôtel avant de le visiter! Les meubles y sont faits sur place et peuvent aussi être créés sur demande. C’est à perdre la tête de voir toutes ces créations pour si peu cher.»
Trouver un emploi à Chiang Mai: «À Chiang Mai, les étrangers occupent habituellement l'une de ces trois professions : profs d’anglais, travailleurs du Web ou... retraités. Il est assez facile de devenir professeur d’anglais, mais le salaire est peu élevé (en comparaison avec les profs d’anglais au Japon ou en Corée, par exemple). On retrouve beaucoup d’étrangers qui oeuvrent dans le domaine du Web. La liberté de pouvoir travailler de n’importe où avec une connexion internet quoi! Sinon, il peut être difficile de se trouver un emploi en Thaïlande. La barrière linguistique est définitivement une embûche alors que les faibles salaires peuvent en décourager plus d’un.»
Quelques mythes: «Quand on pense à la bouffe thaïe, on pense souvent à fraîcheur et santé. Oui, les aliments sont frais, mais ils sont trop souvent bourrés de pesticides et de produits chimiques. D’ailleurs, plusieurs aliments thaïs ont récemment été bannis de l’union européenne. La bouffe sur la rue, bien que savoureuse et peu dispendieuse, n’est pas aussi santé qu'on le croit. Vive le sucre, le MSG et l’huile! Heureusement que la culture bio gagne de la popularité. Merci à Pun Pun, une ferme biologique.
Les premiers mots qui viennent en tête des gens sont généralement plage, drogue et tourisme sexuel. Oui, il y a de magnifiques plages. De la même façon que ce ne sont pas tous les Canadiens qui vivent dans les Rocheuses, la Thaïlande n’est pas qu’un pays de plages! Posséder ou consommer de la drogue est sévèrement puni et les lois sont beaucoup plus strictes qu’auparavant. La drogue est donc beaucoup moins accessible, en comparaison avec d’autres villes où l'on fume de l’herbe sur la rue.
Concernant le tourisme sexuel, c’est évidemment une triste réalité mais il faut savoir que le problème est généralement concentré à un endroit particulier de la ville. Les salons de massage douteux ou les bars où on trouve de jolies filles pour une poignée de dollars sont généralement situés dans un quartier spécifique. Évidemment que si tout ce qu’on connait de la Thaïlande est la fameuse Kao San Road de Bangkok et Phuket, une station balnéaire réputée pour la fête et les filles, il est certain qu’on reste avec cette impression. Sinon, saviez-vous que la prostitution est davantage une affaire locale? La plupart des clients sont des hommes thaïs…»
Son «pitch de vente» pour sa ville d’adoption: Une destination qui sait plaire à tous! Des sensations fortes à la détente la plus zen, la Thaïlande offre une panoplie d’activités et une variété de paysages et ce, à un rapport qualité-prix imbattable. Le pays du Siam offre un dépaysement assuré mais confortable qui fait rapidement pardonner les heures de vols pour arriver à destination puisque l’histoire, la culture, les gens, la bouffe et les paysages sont tout simplement magnifiques.»
Ses tuyaux: «Le meilleur endroit pour acheter son billet d’avion à Montréal est sans aucun doute au quartier chinois. Apparemment, il est plus agréable de passer par Hong Kong puisque le vol vers Bangkok ne dure que trois heures. Par Tokyo, le dernier vol est quand même de sept heures et franchement, après plus de 20 heures dans les avions et aéroports, on a juste hâte d’arriver!»
Combien de temps y rester: «C’est faisable de venir que pour deux semaines, mais il est tout de même agréable de pouvoir au moins planifier trois semaines en Thaïlande. Sinon, il faut penser au décalage horaire qui ralentit la cadence et, surtout, au transport. Oubliez l'idée de visiter la plage, Bangkok, Chiang Mai et les montagnes en une semaine! Par contre, il est bon de savoir qu’un vol direct existe maintenant entre Phuket et Chiang Mai.»
Quand s'y rendre: La meilleure période est de novembre à mars. Les journées sont chaudes, mais très tolérables (30 degrés) alors que les nuits sont lus fraîches (20 degrés). Dès la mi-mars, la saison sèche nous promet d’avoir besoin d’au moins deux douches par jour (à 38 degrés, on peut vouloir prendre trois douches dans la journée). La saison des pluies frappe en juin, mais contrairement à chez nous, il pleut des clous pendant seulement une heure avant le retour du soleil pour le reste de la journée. Pour les treks en montagne, il faut idéalement planifier son voyage entre octobre et la mi-mars*. Juste avant la saison des pluies, les paysans font des feux dans les montagnes pour brûler les résidus et favoriser la croissance de champignons comestibles. Il est alors impossible de coucher dans les montagnes puisqu’ils font les feux pendant la nuit et les parcs nationaux sont généralement fermés à partir du 30 mars.
Autre chose à ajouter: «En Thaïlande, on peut voyager avec 10$/jour ou 60$/jour. Normalement, un budget de 1000$/mois, incluant l’hébergement, le transport, le visa, la bouffe, les activités et les souvenirs, devrait suffire pour un backpacker qui apprécie le confort.»
Pour suivre ses aventures: www.manuenasie.wordpress.com et ses photos sur Flickr.
*La responsable de ce blogue a fait un trek dans les montagnes près de Chiang Mai en plein mois de mai, sous la pluie battante. Mieux vaut éviter cette période, bien que les souvenirs emmagasinés pendant ces trois journées restent parmi les plus marquants de sa vie!
À DÉCOUVRIR ÉGALEMENT: un billet sur Manuelle ainsi qu'un film sur son questionnement identitaire magnifiquement réalisé par Julie Corbeil.
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