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15/03/2011

Je suis une blogueuse japonaise

Source image: http://hanami-hime.blogspot.com/
J'ai débuté l'écriture de ce billet il y a trois jours. J'avais déjà le titre en tête: Les sakuras, «cerisiers» en japonais. Moi qui ne suis pas très portée sur la botanique, j'avais envie de parler de ces fleurs délicates, associées à l'arrivée du printemps. J'aime leur élégance, leur féerie, leur doux parfum. Je n'ai qu'à poser les yeux sur leurs pétales roses pâles pour entendre le son du Shakuhachi. Saviez-vous que des sites Web permettent même de suivre leur «ligne de floraison»? Qu'à Tokyo, les jardins ont des allures de fêtes en avril, particulièrement au parc d'Ueno?

J'allais aussi écrire - ô ironie - que j'ai terminé la lecture de Tout bouge autour de moi, de Dany Leferrière (aussi l'auteur de Je suis un écrivain japonais...) trois jours avant le tremblement de terre. Que j'avais été marquée par les fleurs restées debout malgré les 43 secousses qui ont dévasté Haïti en janvier 2010. Que l'idée de voir les sakuras fleurir en avril, comme à tous les ans, me rassurait. Et que j'avais l'intention de retourner très bientôt au pays du Soleil levant, si possible avant la fin de la saison des sakuras.

Puis, la catastrophe nucléaire. L'angoisse. Les images qui semblent tout droit sorties d'un film de science-fiction. La fin ou le début de quelque chose, je ne sais trop. 

Écrire ou ne pas écrire sur le Japon dans un blogue voyage considérant la situation actuelle? J'ai tergiversé. Mais je n'ai envie de rien d'autre, en ce moment. Détourner les yeux me donnerait l'impression de fuir. Je ne peux pas faire grand chose, mais je peux partager un peu de cette peine planétaire. M'informer. Chercher à mieux comprendre le monde qui m'entoure. Tenter de faire réaliser à ceux qui en doutent encore à quel point elle est petite, la planète. Qu'on est un peu japonais, nous aussi.

Toutes ces images de destruction m'ont donné envie de me rappeler du beau. Je n'ai vu qu'une infime partie du pays - quelques quartiers de Tokyo (mon premier contact avec l'Asie en 2001) et de Narita (chaque fois que j'y fais escale, entre deux vols). Ce ne sont pas tant les temples, l'architecture et les néons scintillants qui m'ont le plus touchée, mais les scènes de la vie quotidienne. Les ados en grappe qui déambulent en uniformes. Les sushis bars cachés au détour d'une ruelle. L'étrange ballet de l'heure de pointe. La foule docile, maîtrisant chaque pas. Les gens qui dorment dans les trains. Les sacs posés ça et là, sans la crainte qu'un quidam s'en empare. L'agitation de Shibuya, de Shinjuku, de Ginza. Les éclats de rire fusant des nombreuses arcades. La mélodie de la langue. La surenchère de clichés, oui, ceux qu'on a aussi envie de voir comme étranger. Et les quartiers résidentiels, si loin de ces clichés.

En faisant mes recherches sur les cerisiers, j'ai découvert qu'ils symbolisaient l'impermanance des choses. «Au Japon, les cerisiers sont des symboles de beauté mais aussi de la fragilité de l'existence», écrit Le Routard. Ai-je vraiment besoin d'ajouter quoi que ce soit?

Je ne verrai pas les sakuras cette année. Mais je retournerai au Japon. En attendant, voici quelques images bien loin de celles visionnées en boucle au cours des derniers jours (si c'est ce que vous cherchez, allez plutôt fouiner sur mon fil Twitter, j'en ai partagé plusieurs). Parce qu'ils auront aussi besoin de nous, les voyageurs.

Hayaku: A Time Lapse Journey Through Japan from Brad Kremer on Vimeo.

This is Japan! from Eric Testroete on Vimeo.

P.S.: Pour suivre en direct les derniers événements, NHK World TV est probablement la meilleure source si vous comprenez l'anglais. Bien sûr, l'information circule aussi très rapidement sur Twitter.

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Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.


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