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15/02/2011

Derrière la neige

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Voici une suggestion de lecture qui vous fera voyager... chez vous. Dans ce recueil de vignettes toutes plus rigolottes les unes que les autres, la journaliste bretonne Audrey Guiller raconte son année d'exil au Québec en compagnie de son amoureux, de leur fillette de trois ans, des deux ados de ce dernier et du copain de sa belle-fille. 

Derrière la neige nous fait parfois l'effet d'un miroir grossissant. Rien de tel que se voir à travers les yeux d'un étranger pour réaliser à quel point la banalité est relative! La jeune femme zoome allègrement sur ces petits détails si ancrés dans notre quotidien qu'on y porte jamais attention. Les camions de pompier, par exemple. «Trois fusées rouges d'où sort une nuée de Ken en tenues jaunes, musclés et souriants. Et puis surtout, ces camions, ils sont énormes. ÉNORMES. Ça roule à la testostérone, ça, pas au sans plomb.» 

N'ayez pas peur de retrouver le ton «Français-qui-connaît-tout», c'est d'abord d'elle-même qu'Audrey se moque. On s'esclaffe quand elle raconte porter son bikini sous ses vêtements chauds par «rébellion contre l'hiver», on grince un peu des dents quand elle souligne gentiment de nos travers (les formats géants, la poutine, Céline Dion, etc), mais au final, on s'avoue conquis par la tendresse qui se dégage de son récit. 

Extrait de Derrière la neige

Quoique sans prétention anthropologique, les textes portent parfois à la réflexion. «Le cliché du "tout est possible" américain, du paradis de l'entreprenariat et de la chance donnée à chacun est presque aussi éculé que l'image du Français se promenant avec la baguette sous le bras, écrit-elle. Et pourtant. (...) Ma copine Flavia, immigrée elle aussi, dit qu'ici, le ciel est plus haut. Dans la tête des gens aussi. C'est peut-être pour ça que les enfants des garderies sortent en laisse, comme dit Sencha. Peur de s'envoler...» L'attachement d'Audrey Guiller pour notre coin de pays est bien réel, on le sent dans chacune des pages.

Lors de son retour en Bretagne, alors qu'elle constate que rien ne semble avoir changé, elle nous tire même une larme en se demandant si elle n'a pas rêvé cette année au pays du Bonhomme Hiver. «Je n'ai pas rêvé. Regardez, j'ai des preuves: mon gel douche est bilingue. J'ai emballé mes dollars dans des sacs transparents comme si c'était des pièces à conviction. (...) J'ai recommencé à dire «de rien» comme si c'était normal. Mais en dedans, j'ai un peu changé. Et dessus, je tartine de beurre de peanut, juste pour me le rappeler.»

Aucun doute pour moi: quiconque a vécu à l'étranger ou côtoyé des immigrants se régalera des péripéties d'Audrey et sa famille.

P.S.: J'ai eu l'occasion de côtoyer l'auteure pendant son exil montréalais (oui, c'est moi la Marie-Julie qui se sert de la poutine pour faire des envolées métaphoriques! lol) et j'étais une fan de son blogue, alors il est clair que mon avis pourrait être biaisé à cause de la sympathie que j'éprouvais pour elle avant même d'avoir son livre en main. Je l'ai donc testé auprès d'une copine québécoise installée à l'étranger depuis plus d'une décennie. Son enthousiasme et ses éclats de rire m'ont rapidement confirmé que je ne suis pas la seule à avoir été conquise par sa plume efficace et son sens du punch!

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Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.


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