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24/01/2010

Voyager par les livres : de Montréal à Port-au-Prince

Ni-d-eve-ni-d-adam-amelie-nothomb J'ai visité pas mal plus de contrées que le nombre de tampons dans mes passeports le laisse croire. J'ai humé des fleurs exotiques et goûté des plats savoureux sans même les voir. Foulé le sol de dizaines de pays réels et imaginaires. 

Non, je n'ai croisé ni Hiro Nakamura, ni Nathan Petrelli (bien que j'adorerais ! lol). Je suis plutôt une grande amoureuse des mots. Les livres m'ont permis de vivre de grandes émotions. D'explorer des univers à des années-lumières du mien. Je me la suis jouée cyberpunk à fond dans le Tokyo futuriste de William Gibson. Poète maudite dans la France du XIXe siècle. Jeune paumée à Shanghai avec Mian Mian. Épouse américaine avec Ruth L. Ozeri. J'ai visité la Kitchen de Banana Yoshimoto. Bu au Crédit a voyagé congolais d'Alain Mabanckou. Sans oublier tous les récits d'exil d'Amélie Nothomb...

Je dis souvent qu'il y a deux types de lecteurs : ceux qui cherchent des histoires proches de leur réalité et ceux qui veulent, au contraire, vivre des tas d'aventures par procuration. « Ressentir » l'ailleurs. Je fais, sans le moindre doute, partie de la seconde catégorie.

131096_2697250Verrecasse Je me souviens des virées nocturnes à Djakarta avec Muriel Cerf alors que je n'avais pas encore l'âge légal de boire dans les bars. De La Plage d'Alex Garland, lu d'un couvert à l'autre au Cambodge, quelques mois après être allée en Thaïlande pour la première fois. De l'Afrique bien personnelle de Lucie Pagé. De l'incontournable route de Kerouac, qui m'a plus agacée qu'émerveillée. Des trois escales de Mange, prie, aime, même si j'ai failli décrocher dès le début devant la facilité avec laquelle l'argent semblait pleuvoir sur l'auteure (un éditeur qui donne une avance suffisamment importante pour couvrir les frais d'un tel voyage ? Only in the States...). 

Combien de villes et de lieux intriguants ai-je découverts à travers les contes, enfant ? Les musiciens de Brême. Robin des bois. HeidiLe fabuleux voyage de Nils Holgersson. Tant de personnages qui m'ont accompagnée au fil des ans. Je me demande parfois ce qu'ils deviennent...

Il a donc été tout naturel pour moi de replonger dans la littérature après le tremblement de terre du 12 janvier. C'est la seule chose que j'ai trouvée pour me sentir plus proche du peuple haïtien. Les livres comme traits d'union.

J'étire en ce moment la lecture de Pays sans chapeau de Dany Laferrière, histoire de faire durer le voyage. J'ai replongé dans la poésie de Rodney Saint-Éloi : « Faut-il songer au voyage ? Aller vers le Nord. Nord perdu ou retrouvé. Un aller simple. Puisque aller, c'est toujours simple » (extrait du prologue de J'ai un arbre dans ma pirogue)...



819153-gf611830-gfEn me baladant d'une librairie à l'autre, j'ai réalisé que je ne suis pas la seule à ressentir ce besoin de littérature. Chez Renaud Bray, rue Saint-Denis, des livres d'auteurs haïtiens sont bien en vue sur un présentoir. À la librairie du Square, au moment de payer mes deux nouvelles acquisitions, la propriétaire m'annonce qu'elle donne deux dollars par livre d'auteurs haïtiens vendu au CECI. Elle hésitait à l'afficher dans la fenêtre du commerce, de peur de passer pour une opportuniste. Moi, je le crie sur les toits. Pas tant pour les quelques dollars symboliques que pour l'amour et le respect de la littérature. Pour l'univers des auteurs.

Pour le trait d'union.

Chez Olivieri, une soirée-bénéfice baptisée « Étonnants voyageurs », en l'honneur du festival du même nom qui devait donner son coup d'envoi à Port-au-Prince deux jours après le séisme, amassera des fonds pour le CECI le vendredi 5 février. Nicolas Dickner, Stanley Péan, Rodney Saint-Éloi, Michel Vézina, Anthony Phelps, Hélène Dorion, Maka Kotto, Pascale Montpetit et plusieurs autres artistes liront des textes d'auteurs haïtiens pour l'occasion. Olivieri verse d'ailleurs 10 % des ventes des livres d'auteurs haïtiens au CECI.

« Quand tout tombe, il reste la culture, a lancé Dany Laferrière à la journaliste Chantal Guy le lendemain du drame. Et la culture, c'est la seule chose que Haïti a produite. Ça va rester. Ce n'est pas une catastrophe qui va empêcher Haïti d'avancer sur le chemin de la culture. Et ce qui sauve cette ville, c'est le peuple. C'est lui qui fait la vie dans la rue, qui crée cette vie. Il ne faut pas se laisser submerger par l'événement. »

Tant de pays à découvrir... Ces jours-ci, ce sont les images de Port-au-Prince - celui d'avant, j'ai besoin de revoir celui d'avant - qui se superposent dans l'album de mon plus récent voyage.

MÀJ 25 janvier: La librairie Marché du Livre, 801 Maisonneuve Est (angle Saint-Hubert), verse 7 $ par livre neuf d'un auteur haïtien à la reconstruction d'Haïti. Par ailleurs, demain, 26 janvier, le P.E.N. Québec et les Écrivains Francophones d’Amérique (ÉFA) présentent une soirée de poésie en solidarité avec les Haïtiens au Dépanneur Café, 206 rue Bernard ouest, entre Jeanne-Mance et Waverly, à 19h. La soirée sera dédiée à la mémoire de George Anglade et de sa femme, Mireille Neptune, décédés lors du séisme.

Note : dans un prochain billet, je vous parlerai de récits de voyages. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqués et pourquoi ? Vous pouvez me faire parvenir vos témoignages à l'adresse entransit(a)live.ca. Merci ! 

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Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.


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