« Je suis une fashion victim | Accueil | Magnifique Vancouver »

31/01/2010

Une Québécoise à Dakar : musique, bouffe et convivialité

On aime toujours avoir les impressions et les tuyaux de nos compatriotes en voyage. C'est pourquoi je recueille régulièrement les témoignages de Québécois exilés qui nous présentent leur coin de pays d'adoption. 

«Ma silhouette dans une cour goréenne avec, pour toile de fond, Dakar.» (Photo : Marine Pinet)Danielle Lavoie, 34 ans, s’est rendue à Dakar pour la première fois en janvier 2009 dans le cadre d'un stage. Elle a ensuite décroché un contrat lui permettant de passer quelques mois de plus au pays de la Teranga. Elle partage avec nous ses découvertes touristiques et culturelles ainsi que ses observations.

Pourquoi vivre à Dakar : « Ma sœur Estelle joue de la kora et pratique la danse africaine. Elle était venue ici avant moi. C’est par elle que je me suis intéressée à l’Afrique de l’Ouest. Quand j’ai vu passer l’offre du ministère des Relations internationales pour un stage en communications, je me suis dit que c’était l’occasion de faire mon premier séjour ici. Une fois sur place, j’ai eu le coup de foudre pour le Sénégal. »

Son quartier : « J’habite Sicap Baobab, un quartier résidentiel d’une cinquantaine d’années où cohabitent paisiblement catholiques et musulmans. Mes voisins sont, pour plusieurs, des Sénégalais d’origine capverdienne. J’habite un grand appartement (trois chambres à coucher, deux salles de bains) au troisième étage d’une villa.  Il y a aussi une terrasse sur le toit qui, à l’instar de la plupart des terrasses dakaroises, sert principalement à faire sécher le linge… Je le partage avec mon professeur de wolof, sa femme et une autre volontaire canadienne. Les loyers à Dakar sont maintenant très chers. La colocation était la meilleure façon de vivre près du centre dans un appartement agréable et de mettre des sous de côté pour me balader. »

Avec Sergiu Mihai, un volontaire originaire de la Moldavie, à Gorée, dans la cour de la galerie Gis-Gis. (Photo: Marine Pinet)Son boulot actuel : « Depuis septembre 2009, je suis conseillère en communication pour une nouvelle structure, le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux, un genre d’Union des producteurs agricoles sénégalaise, volet syndical en moins. C’est un poste volontaire, dans le cadre du programme Uniterra du CECI. »

Son parcours : « En avril 2009, je voyais la fin de mon stage arriver avec une certaine tristesse. En tapant " conseiller en communication Montréal " dans Google, je me suis retrouvée sur le site du CECI. J’avais devant les yeux un poste vraiment intéressant… basé à Dakar. Je me suis engagée pour deux ans. »

Ce qu’elle aime le plus de sa vie sénégalaise : « Prendre le temps de saluer mes voisins et mes collègues ; les repas partagés dans grand plat commun ; les conversations en wolof, qui se font de plus en plus longues ; les visites chez les marchands de tissus et chez le tailleur et la confection de vêtements sur mesure, uniques ; le rituel du thé. J’aime aussi la cuisine sénégalaise (variations sur un même thème : le riz) ; manger des brochettes de berniques sur la pointe la plus occidentale de l’Afrique, la pointe des Almadies ; les concerts et le restaurant du l’Institut français ; la musique locale, dans toutes ses formes. J’ai d’ailleurs vu naître le slam dakarois, qui grandit bien. Les après-midi à flâner au Village des arts, une cinquantaine d’ateliers d’artistes, dont plusieurs de calibre international, dans les anciens baraquements des ouvriers chinois qui ont construit le Stade Léopold Sedar Senghor. »

La famille chez Mame, à Yarakh (Photo : Danielle Lavoie)Séance de teinture de tissus, chez le teinturier, en banlieue, à Guédiaway (Photo : collection personnelle)Marima prépare le deuxième thé. Elle y a mis un peu de menthe. (Photo : Mélanie Rhéaume à Boundoum, Vallée du fleuve Sénégal)

Ce qu’elle aime le moins : « Déchets et sacs plastiques omniprésents, fumée d’échappement à gogo, sable soulevé par le vent ou transporté, depuis le Sahara, par l’harmattan, odeurs d’urine… Dakar est polluée et sale. Une chance pour elle, est exposée aux vents du large de tous bords, tous côtés, ce qui la rend sans doute plus respirable. Dakar est aussi constamment aux prises avec des embouteillages monstres. Pour quitter la ville et franchir les 25 km qui séparent Dakar de Rufisque, on met parfois jusqu’à trois heures. C’est la seule route qui permette de quitter la capitale. Sortir de la ville (et y revenir) est très laborieux. Par ailleurs, le centre de Dakar est peuplé de vendeurs et d’artisans qui pratiquent la vente sous pression, à un point tel qu’on est tenté de ne plus s’y rendre. Pire qu’eux, les rabatteurs qui essaient de vous mener à eux et de récupérer, au passage, une petite commission. Le conseil que je donne à ceux qui se promènent dans les rues du Plateau : " Si on t’adresse la parole, surtout, ne t’arrête jamais de marcher. " Ensuite, ne pas réagir aux provocations de type " Vous êtes raciste ? Vous me faites la guerre ? "… »

Port de la mosquée de la Divinité (Photo : Danielle Lavoie)Voyager au Sénégal : « Il y a plusieurs façons de voyager au Sénégal. Des agences réceptives, comme celle de Kaly Diatta (+221 77 526 78 13 ou kalydiatta2000@yahoo.fr), que j’ai croisé dans le parc national du Niokolo Koba, permettent aux aventuriers qui veulent un minimum de confort et un maximum de sécurité de voyager des dans conditions satisfaisantes. 

Les routards qui souhaitent utiliser les transports locaux et dormir dans les établissements bon marché y trouveront aussi leur compte. Cependant, les déplacements, compte tenu de la qualité des routes et des véhicules, sont souvent épuisants et sont souvent plus longs que ce qu’on avait prévu au départ. »

Ses coups de coeur touristiques : « En ville, j’aime prendre la chaloupe pour Gorée en fin de journée et y passer la nuit, alors que tous les touristes sont partis. Le meilleur moment pour y aller est sans doute pendant l’événement Regards sur cour, pendant lequel des artistes exposent dans les cours des maisons de l’île. On peut alors jouer les voyeurs et découvrir ce qui se cache derrière les façades fleuries. Autres immenses coups de cœur : l’île de Karabane en Casamance, Joal-Fadiouth dans le delta du Saloum, le parc national de Djoudj, sanctuaire d’oiseaux dans la région de Saint-Louis et l’Espace Sobobade à Toubab Diallaw. »

Destinations plus faciles : « La route Dakar-Ziguinchor à bord du bateau Aline Sitoe Diatta : un moyen de transport sûr avec des cabines confortables. Ensuite, excursions d’un jour avec un guide du syndicat d’initiative touristique et séjour au Cap Skirring, une destination touristique reconnue pour ses plages et la pêche. 

Saint-Louis, dans le nord du Sénégal. On peut s’y rendre en taxi, depuis Dakar. Une fois sur place, on y trouve des hôtels de qualité (mon coup de cœur, la maison d’hôtes Sunu Keur, en français, Notre maison). Saint-Louis est un excellent camp de base pour visiter la réserve nationale de Djouj, la langue de Barbarie et le désert de Lompoul. J’ai créé un site Web pour un guide que j’ai beaucoup apprécié, Babacar Seck, qui offre des excursions clé en main. J’aimerais aussi séjourner à bord du Bou el Mogdad, pour une croisière de sept jours, de Saint-Louis à Podor, incluant une excursion dans le parc de Djouj. »

Gorée (Photo : Danielle Lavoie)

Destinations moins faciles : « Pour les plus aventuriers, le parc du Niokolo-Koba, le Pays Bassari, le delta du Saloum et la route du Mali en passant par Tambacounda sont des défis intéressants. »

Ses incontournables : « On ne peut venir au Sénégal et ne pas voir l’île de Gorée. J’ajouterais à celle-ci l’île de Karabane et le pays de Léopold Sedar Senghor, Joal-Fadiouth. »

Coups de cœur musicaux : « Jac et les Takeïfas, Nabi (Prix découverte RFI 2009), Orchestra Baobab, le Buena Vista Social Club du Sénégal et Wasis Diop, planant. »

Trouver un emploi à Dakar : « Je connais des Européens qui ont tenté de trouver un emploi à Dakar. Le marché de l’emploi sénégalais est difficile. Ceux qui ont signé des contrats locaux se sont souvent retrouvés à travailler pour un salaire de 200 000 FCFA par mois (environ 500 $)… quand leur salaire était versé. Nombreux sont les Sénégalais qui s’exilent pour améliorer leurs conditions de travail et envoyer de l’argent à leur famille. Il y a d’ailleurs un ministère des Sénégalais de l’extérieur, dont la mission est, entre autres, de favoriser le retour des cerveaux au pays.

Par contre, on trouve à Dakar de nombreux fonctionnaires internationaux dont les conditions de travail sont excellentes. C’est l’instabilité politique ivoirienne de la fin des années 90 qui a poussé plusieurs organisations internationales et ouest africaines (UNESCO, PNUD, OIT, BCEAO, BOAD, UEMOA, ONUDI, etc.) à s’établir ici. Le CRDI, l’ACDI, le BACDI et l’ambassade emploient plusieurs Canadiens. On croise aussi parfois des consultants travaillant pour des firmes de génie-conseil telles que SNC-Lavallin.

Finalement, il y a une importante population de volontaires envoyés par les programmes de coopération du Canada (Uniterra/CECI, CCI, SACO, SUCO, EUMC, Oxfam-Québec, SOCODEVI, etc). J’en fais partie. Nous côtoyons ici des volontaires originaires de plusieurs pays, entre autres, la France, l’Espagne, l’Italie, la Belgique, la Chine et les Etats-Unis. À Dakar, la communauté des volontaires, c’est un peu l’auberge espagnole. On peut trouver les offres sur les sites de ces organisations. »

Son « pitch de vente » : « Je ne saurais pas vendre Dakar comme destination touristique, parce que je crois qu’il est impossible de l’apprécier en deux ou trois semaines. Par contre, je pourrais vendre le Sénégal et ses régions. Destination pour aventuriers en quête de dépaysement et de chaleur humaine : le Sénégal, c’est pays de la teranga, après tout. »

Cimetière de Fadiouth, sur un immense amas coquillier... (Photo : Danielle Lavoie)Le désert de Lompoul, On aperçoit la mère de Danielle, Angèle, leur guide, Magathe, et leur chauffeur de taxi préféré, Adama. (Photo : Danielle Lavoie)Petit hôtel de Toubab Diallaw abordable où il est notamment possible de suivre des cours de danse et de percussion. (Photo : Danielle Lavoie)
Observations personnelles : « C’est la première fois que je vis dans un pays où l’islam est pratiqué par la majorité de la population. J’avais beaucoup de préjugés, d’idées préconçues. La plupart des gens sont très ouverts et acceptent de parler de leur religion, d’échanger sur les pratiques qui en découlent. Même si on n’arrive pas à se mettre d’accord sur tout, les échanges, eux, sont toujours respectueux et enrichissants. »

Quand y aller : « Pour ceux qui supportent mal la chaleur, la période qui s’étend de janvier à avril est sans doute la meilleure. Le mercure peut monter un peu en journée, mais au moins, on dort au frais. Certaines régions sont inaccessibles pendant l’hivernage, de juillet à septembre. Il fait chaud et les risques de malaria sont souvent plus élevés pendant cette période. Pour le parc national de Djouj, il faut y aller avant le mois d’avril. Après, le niveau d’eau est trop bas pour permettre les visites et les oiseaux migrent vers la pointe de Barbarie. »

S’y rendre depuis Montréal : « Côté billets d’avion, la RAM, Air France et Delta offrent des vols à partir de Montréal. Voler avec Delta en été peut s’avérer une option judicieuse. En hiver, par contre, on court toujours le risque d’une tempête de neige (je sais de quoi je parle, j’ai passé 48 h à New York avant de pouvoir rejoindre ma famille pour les Fêtes). »

Bon à savoir : « Il est possible de voyager seule pour une femme et les gens sont, règle générale, bienveillants. Il vaut mieux cependant porter un anneau, avoir un mari (imaginaire, au besoin) et porter des vêtements qui couvrent bien les jambes. On a plus l’habitude des décolletés, mais la sobriété, de ce côté, peut assurer plus de tranquillité. Pour les couples, il faut savoir qu’en pays musulman, on se touche peu, entre hommes et femmes, dans la rue. Il n’est pas rare de voir deux hommes ou deux femmes se promener main dans la main. Les couples vont parfois se donner le bras, mais on ne verra jamais les gens s’embrasser ou une main négligemment posée sur une fesse en public. En milieu rural, tenir son conjoint/sa conjointe par le cou peut choquer ou mal paraître. » 

Fleuve Gambie, Niokolo-Koba (Photo : Danielle Lavoie) Ce que le Sénégal lui a appris : « 1- L'attente. Ici, "Chaque chose en son temps" n'est pas une expression, c'est une loi. Quelqu'un décède ? On se rend chez lui, le jour même, pour soutenir sa famille et célébrer son départ ; le boulot attendra. On croise des amis en chemin, alors qu'on se rend à une réunion qui débute dans quelques minutes ? On prend le temps de les saluer et de s'enquérir de leur famille. Résultat : moult réunions retardées, rendez-vous manqués, heures passées à attendre que quelqu'un arrive ou se libère. Au début, tout ça m’a irritée. Maintenant, j’y vois des occasions de réflexion, de pensée stratégique, d'errances créatives, de relaxation. J'ai appris à attendre ; jamais je n'ai aussi bien attendu de ma vie que maintenant. 

2- Le partage élevé au rang de sport extrême. Au Sénégal, lorsqu'on s'apprête à manger et qu'on aperçoit quelqu’un dans les parages, on dit systématiquement " Viens manger ! " Au début, je pensais que les gens plaisantaient. J'avais tout faux. Ici, lorsqu'il y a de la nourriture pour deux, il y en a pour trois... et s'il y en a pour trois, c'est qu'il y en a pour quatre. Dans plusieurs maisons, même chez des gens pauvres, on prévoit la part du " voyageur " ou de celui qui arrive à l'improviste, et celles des mendiants, qu'on réserve et qu'on distribue aux nécessiteux du quartier après le repas. C'est une des dimensions de la " teranga " sénégalaise (l'art de l'hospitalité et de l'accueil). Les gens disent que la " teranga " tend à disparaître, mais je l'ai vue, bien vivante, en ville et en région. J’espère qu’elle le sera aussi chez moi, après le retour. 

3- L'action, même dans des conditions imparfaites. En tant que conseillère en communication spécialisée en relations publiques, je gère les imprévus, mais j'essaie, dans la mesure du possible, d'éviter l'improvisation. J'aime les activités planifiées, les partenariats ficelés, les paramètres définis. En novembre dernier, j'ai collaboré à la réalisation d'un diagnostic communicationnel dans une organisation paysanne. Il n'y a pas eu de contact préalable avec l'organisation, pas de pré-entrevues pour tester la grille d'animation des groupes de discussion, pas de critères de sélection pour la composition desdits groupes. Si j'avais été responsable du dossier, j'aurais demandé un report, attendu des conditions plus propices à la conduite du diagnostic. La mission a été maintenue. Je l’ai démarrée avec la certitude que ça serait un échec, que les résultats seraient décevants. Finalement, les gens ont pris le temps et se sont mobilisés. On a adapté la grille d'animation au jour le jour, dans l'action. On a réussi à trouver ce qu'on était venu chercher. Les résultats obtenus ont été pertinents et utiles. J’ai retenu de cette expérience qu'en l'absence de conditions parfaites, il vaut mieux faire de son mieux que de ne rien faire du tout. 

Aujourd’hui, je rentrerais du Sénégal avec la certitude qu’il y a en moi la patience et la souplesse nécessaires pour apprécier la vie au jour le jour… et que, même si l’indépendance, c’est bien, partager, c’est mieux. »

Blogue personnel de Danielle Lavoie : www.senegalissimo.wordpress.com

– Propos recueillis par Marie-Julie Gagnon

Découvrez à quoi ressemble la vie d'autres Québécois exilés :

Karine au Japon

•  Un Québécois à Barcelone : au-delà de L'Auberge espagnole

• Une Québécoise à Shanghai : vivre au centre du monde

• Une Québécoise à Baltimore : sport, pubs et plein air

• Une Québécoise à Dubaï : la vie de famille sous le soleil

• Une Québécois à Macau : un autre visage de la Chine

• Un Québécois en Arizona : mon pays, ce n'est plus l'hiver...

• Une Québécoise à New York : croquer la Grosse Pomme à pleines dents

• Une Québécoise à Isla Mujeres 

• Une Québécoise à Londres : métro, boulot... et pubs !

• Une Québécoise à Taïwan : pour l'amour du chinois

Vous êtes Québécois et vivez à l’étranger ? N’hésitez pas à me contacter si vous avez envie de faire connaître votre coin de pays d’adoption à l'adresse entransit@live.ca !

TrackBack

Commentaires

Flux You can follow this conversation by subscribing to the comment feed for this post.

Poster un commentaire

publicité

Biographie

Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.