Quand la perle des Antilles s'effrite dans son écrin
« J'avais envie de me rebaptiser dans l'eau salée de la mer. Oasis sur la plage. À couper le souffle. Sûrement les belles plages que j'ai vues. »
Ce vacancier comblé ne parle ni de Cuba, ni de la République dominicaine, ni des Bahamas. Il dépeint plutôt Grand Goave, en Haïti. Marc Henri, qui retournait en 2006 au pays après plusieurs années d'exil au Canada, raconte dans ce texte empreint de poésie sa redécouverte des richesses touristiques d'un des pays les plus pauvre de la planète.
La perle des Antilles a vu ses premiers touristes internationaux débarquer au début des années 1950. Une vingtaine d'années plus tard, elle faisait partie des destinations tendances. Des stars de cinéma venaient se prélasser sur ses plages idylliques.
Le Club Med y établit ses quartiers en 1981. « L'industrie du tourisme a contribué à la création de nouveaux types d'emplois dans les hôtels, les restaurants, les galeries d'art, les agences de voyage, les transports... ce qui a eu un effet multiplicateur au niveau économique », rappelle l'Association touristique d'Haïti, oganisation à but non lucratif qui représente l'industrie du tourisme en Haïti et assume le leadership au plan national.
On connaît la suite. L'instabilité politique, la violence, les inondations et les ouragans ont vidé les paysages de cartes postales de leurs vacanciers souriants, rhum Barbancourt à la main.
Myriam Fehmiu, conseillère en communications au Centre d'études et de coopération internationale (CECI), s'est rendue dans l'île qui a vu naître Dany Laferrière à deux reprises dans le cadre de missions humanitaires. En 2008, elle a pu prendre quelques jours de congé pour aller découvrir le pays sous un autre angle. « Ce n'est pas pour rien qu'on surnomme Haïti la perle des Antilles, observe-t-elle. La route qui relie Port-au-Prince à Jacmel offre des paysages à couper le souffle, entre mer et montagnes. Jacmel est un ancien village colonial, avec des maisons colorées. On y trouve plusieurs petites auberges familiales qui donnent sur la mer. Ce sont des endroits extraordinaires pour expérimenter la culture locale. »
L'espoir, enfin
En décembre 2009, le plus grand paquebot du monde, l'Oasis of the sea, a fait escale au port de la station balnéaire privée de Labadie, dans le nord du pays, exploitée par Royal Caribbean, tout comme les bateaux de croisière qui y jettent l'ancre. La nouvelle a fait le tour du monde. Le New York Times soulignait d'ailleurs le contraste saisissant entre la pauvreté du pays et les buffets « all-you-can-eat ».
Soudain, l'idée de voir le tourisme prendre un nouvel essor n'était plus utopique. Dans un article de l'AFP, le Premier ministre Jean-Max Bellerive se montrait confiant : « Pour le gouvernement (haïtien), ceci n'est qu'un début, nous devons travailler pour d'autres partenariats entre les secteurs public et privé afin de parvenir à des projets de cette envergure en Haïti ».
Faisant référence à la rivalité historique avec la République dominicaine, Mérès Wèche écrivait pour sa part dans dans Le Nouvelliste : « Avec l'espoir de renaissance qu' amène Labadie, notre tourisme peut encore prétendre rattraper le temps perdu et même gruger une grande part des revenus touristiques de la Caraïbe »...
Puis, le tremblement de terre.
Royal Caribbean International a annoncé aujourd'hui son retour en Haïti et affirme vouloir profiter de ses escales pour livrer de l'aide humanitaire. « Après de nombreuses discussions, nous avons convenu que Labadie était crucial pour le redressement d'Haïti, car les moyens de subsistance de centaines de personnes en dépendent », a déclaré John Weis, vice-président du groupe, à l'AFP.
Difficile de prédire si Haïti redeviendra la destination touristique de premier choix qu'elle a déjà été. Pour ma part, je souhaite de tout coeur que cette description de l'Association touristique remplace un jour les images d'horreur qui passent en boucle sur nos écrans en ce moment : « Plongez dans l'onde claire et chaude des caraïbes, découvrez le littoral et ses plages parfois vierges, chaussez les bottes du capitaine Morgan à l'Île-à-vache, imaginez-vous corsaire ou boucanier à l'Île de la Tortue… Le bord de mer d'Haïti est un grand carré de sable où tous peuvent jouer ! »...
En attendant, quelques adresses pour faire parvenir vos dons :
• Centre d'études et de coopération internationale (CECI)
• Croix Rouge (Canada)
• Médecins Sans Frontières (Canada)
• La coalition humanitaire formée d'Oxfam-Québec, Oxfam-Canada, Care et Aide à l'enfance-Save the children
• UNICEF (Canada)
• Médecins du monde (Canada)
Sur un sujet similaire : Devenez coopérant international
MÀJ : Dans un billet intitulé La solidarité par le tourisme, le journaliste Gary Lawrence répond aux gens qui souhaitent aller donner un coup de main sur le terrain. Très complet. À lire !
Commentaires
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Rédigé par : Cecile Gladel | 15 jan 2010 00:52:29
Je promets d'y aller en vacances quand ce sera le temps d'y aller pour les appuyer...
Rédigé par : Eric | 15 jan 2010 08:59:01
Quel bon billet !
Excellente idée que de remettre Haiti sur la carte des destimations-voyage, rien de mieux que des beaux dollars acquis en travaillant pour redonner fierté et courage à un pays qui en a tellement besoin.
Rédigé par : Marie Fillion | 15 jan 2010 09:35:43
Cette pub de l'Association touristique donne la chair de poule, par-dessus celle que j'avais déjà!
On peut toujours essayer de superposer aux images d'horreur qui nous défilent sous les yeux et dans la tête, celles des magnifiques plages au sable fin d'Haiti et inscrire partout le mot ESPOIR, en attendant que la perle retrouve un éclat plus brillant encore.
Puisqu'il n'y a rien d'autre à faire, à part bien sûr envoyer un don...
Rédigé par : Etolane | 15 jan 2010 09:44:01
Un billet très intéressant qui éclaire plusieurs des questionnements que j'avais! Merci...
Rédigé par : Marie l'urbaine | 15 jan 2010 10:06:46
Merci Marie-Ju ! Mon père me racontait déjà les merveilles d'Haïti ché'rie après son premier séjour en 1985. Il n'en revenait pas de la beauté de l'île, de la culture, des gens... J'avais 11 ans et il m'apprenait des mots de créole :) Il célébrait déjà ce qui fait d'Haïti un pays unique. Il serait tellement découragé des récents événements...
Rédigé par : Sylvie Rivard | 15 jan 2010 10:14:01
Merci Marie-Julie pour ce beau billet. Je suis également convaincue que le tourisme peut aider Haïti à se relever; l'exemple de Royal Caribbean International, utilisant ses paquebots pour y transporter de «l'aide humanitaire» est un bel exemple de solidarité. J'y vois beaucoup d'espoir. Tous les promoteurs internationaux qui y envoient des touristes devraient suivre cet exemple... juste retour des choses.
Rédigé par : Paula | 17 jan 2010 12:13:09
Merci pour ce billet qui donne un peu d'espoir...Je me promets d'aller à Haïti un jour...
Rédigé par : Josianne | 17 jan 2010 19:25:34
Dans les années 60 et 70, mon grand-père passait tous ses hivers en Haïti. Ma mère et tous mes oncles et tantes (une famille de 14 enfants) y sont allés. Ils avaient l'habitude de loger à L'Auberge du Québec, qui existe encore aujourd'hui (enfin, avant le séisme). On est assez certains que mon grand-père a eu des enfants pendant ses séjours là-bas, mais on ne les connaît pas du tout. Je rêve un jour de partir à la recherche de ma «famille haïtienne», mais avec ce qui est arrivé récemment, je crois que ce sera plus difficile que jamais. Mais j'irai un jour.