Voyager seule : aller au bout de son rêve
On dira ce qu'on voudra, les femmes qui bourlinguent en solo ne font pas le même voyage que les hommes. Malgré des décennies de féminisme, nous ne serons jamais leurs «égales» sur le plan physique. Cette réalité teinte forcément notre manière de voir le monde et d'aller à sa rencontre.
Déjà, enfant, on nous «programme» de sorte à ne jamais oublier notre vulnérabilité. La peur n'est jamais bien loin. Nous sommes toujours conscientes de nos limites. Du fait que nous sommes des femmes, justement. Est-ce pour autant une raison de s'empêcher de voir du pays seules? NON, bien sûr!
Voyager seule m'a par ailleurs permis de tisser des liens, tant avec d'autres voyageurs qu'avec des aborigènes, chose qui est souvent moins spontanée quand on voyage avec des copains. De me recentrer sur moi-même tout en m'ouvrant aux autres. De m'approcher encore plus près de cette belle illusion qu'est la liberté.
Tout est d'abord une histoire de gros bon sens. Que je me trouve à Montréal, à Bangkok ou à Bamako, je ne prends pas de risques inutiles. Je préfère emprunter les artères principales plutôt que les ruelles étroites, même en plein jour. Je m'informe, aussi. Voyager, c'est s'adapter et respecter l'autre et ses croyances. Pas question de porter des robes à bretelles spaghetti dans des pays où ma tenue serait perçue comme indécente et provocatrice!
Paranoïaque? Par moments, oui! Mais je préfère avoir l'imagination un peu trop fertile qu'être insouciante (bien qu'il me semble important de garder une toute petite part de naïveté!). Par ailleurs, j'ai souvent craint bien davantage les autres touristes que les habitants des pays visités...L'assassinat de Renée Wathelet, une blogueuse que j'admirais et appréciais énormément, a suscité toutes sortes de réactions sur les diverses tribunes. Certains n'ont pas hésité à critiquer son choix d'aller s'installer seule au Mexique. D'autres, à carrément la traiter d'inconsciente. Pourtant, l'auteure d'En direct des îles avait choisi un coin de pays plutôt paisible, loin des zones les plus risquées du Mexique. De plus, elle connaissait bien sa terre d'adoption pour y avoir séjourné à de nombreuses reprises et s'y était fait de nombreux amis.
Comme l'ont écrit ses proches dans un texte relayé par plusieurs membres des médias sociaux ce matin, la blogueuse n'entretenait aucun lien avec son assassin, contrairement à ce que certains médias ont pu laisser croire. Ce dernier a été aperçu près des lieux du crime tôt en matinée le 17 septembre dernier. Il a profité du passage d'une dame qui faisait du porte à porte pour sensibiliser les gens aux maladies transmissibles par les insectes pour s'introduire dans l'appartement de Renée. Le motif le plus plausible à l'heure actuelle reste le vol.
Une malchance qui aurait pu se produire n'importe où? Serait-elle toujours en vie si elle était restée «sagement» à Montréal? L'assassin a-t-il choisi sa victime parce qu'elle était blanche, comme le croient les témoins rencontrés? Personne ne peut répondre avec certitude à ces questions. Ce dont je suis persuadée toutefois, c'est que Renée encouragerait n'importe quelle femme à aller au bout de son rêve de voir du pays, même aujourd'hui.
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Pratico-pratique
- Des tas d'articles, de blogues et de bouquins destinés aux femmes qui voyagent seules ont été écrits. Quelques pistes : Journeywoman, Women Travel Tips, Voyager au féminin (dossier du Routard) et Voyager seule en toute liberté (un article signé Anne Marie Parent).- Le ministère des Affaires étrangères et Commerce international Canada publie Voyager au féminin - Conseils pour la voyageuse vigilante et et accomplie.
- À lire absolument : le billet « Voyager en solo » de la journaliste et blogueuse française Corinne Bourbeillon.

Rédigé par: Indigonat | 25 sep 2009 13:00:58
Merci pour cet article Marie-Julie.Rire
J'ai voyagé seule presque toute ma vie, par choix la plupart du temps, les autres fois parce que le désir de partir était trop grand pour attendre que quelqu'un d'autre soit prêt aussi.
Beaucoup de gens ne comprennent pas ce choix car ils ont peur pour ma sécurité ou que je m'ennuie de ne pas avoir de compagnon ou compagne de voyage. C'est bien peu me connaître... Voyager seule permet d'aller au devant des gens, chose que les voyageurs font moins quand ils voyagent à deux ou à trois. Sur notre route, on rencontre des gens de la place, d'autres voyageurs qui partagent un bout de route avec nous, c'est aussi un bon temps pour réévaluer sa vie, ses objectifs, ses désirs. Moi, en voyage, j'ai toujours mon carnet ou mon blogue sur lequel je note mes pensées, mes anecdotes.
Oui, voyager seule demande un peu plus de planning à l'occasion, car je dors toujours dans des endroits sécuritaires, même si ça me coûte un peu plus cher, je sors rarement **** le soir à moins d'être avec d'autres personnes, mais je ne regrette rien, sauf à l'occasion quand on voit quelque chose d'extraordinaire qu'on aimerait partager sur le coup. Quand çà arrive, je prends ma caméra ou ma plume et j'immortalise ce moment, en plus de le graver à tout jamais dans ma mémoire.
Mon amie Renée a eu le courage de vivre pleinement son rêve, mais elle était heureuse et ça transpirait dans sa vie. Qu'est-ce qui est mieux vraiment? Rêver sa vie ou vivre son rêve? Moi je choisis de vivre mes rêves et ceux-ci passent par les voyages...
Rédigé par: Corinne | 25 sep 2009 20:32:46
Merci pour le lien, Marieju... ;-)
Nous avons (comme d'hab') sensiblement le même point de vue sur le voyage en solo.
Je reviens ici, pour laisser en commentaire un mot sur le décès tragique et prématuré de Renée (que je ne connaissais que "virtuellement"): rien à imputer à ses choix de vie, c'est complètement évident!!!
Les faits-divers atroces se produisent partout. J'en lis régulièrement dans les colonnes de mon canard. Y compris chez moi à Rennes, qui est pourtant une chouette ville universitaire où il fait plutôt bon vivre (on a par exemple le meurtre d'une étudiante, toujours pas élucidé depuis plusieurs années, et, plus récemment, des affaires de coups de couteaux mortels...). Bref.
Je suis prodigieusement agacée par ceux qui laissent entendre que Renée aurait mieux fait de rester "sagement" à Montréal et tous les discours du même type... Y'a encore du boulot pour faire évoluer les mentalités. Ton article, comme ceux de Renée, y contribuent.
Mes rêves à moi se traduisent aussi par le voyage. Nous sommes nombreuses, je crois, à avoir goûté les grandes joies et petites contraintes du voyage en solo...
Rédigé par: Marie-Julie | 28 sep 2009 10:25:00
@Indigonat: Exactement: faudrait-il toujours apprendre après les autres pour réaliser nos rêves? NON! La sécurité, c'est une affaire de gros bon sens, qu'on soit en voyage ou chez soi... C'est le seul hic pour moi: je sors très rarement le soir quand je voyage seule et j'ai parfois l'impression de manquer des trucs pour cette raison. Mais c'est là un détail comparativement à tout le reste! «Rêver sa vie ou vivre son rêve?» Dommage que si peu de gens se posent cette question et se contentent de regarder passer le train...
@Corinne: Merci pour ton commentaire et tes billets inspirants! «Grandes joies et petites contraintes»: exactement! :-)
Rédigé par: Anne Marie Parent | 29 sep 2009 02:13:52
Merci, Marie-Julie, pour le lien vers mon article sur les femmes qui voyagent en solo! J'ai beaucoup aimé le ton de ton texte. Oui, il faut aller au bout de ses rêves... seule ou non, ici ou ailleurs! Salutations à Corine la Bretonne, que je ne connais pas (mais j'ai «feuilleté» ton blogue: super!). Je pars justement à Vannes et à Brest la semaine prochaine, chez des amis rencontrés quand je voyageais seule il y a plusieurs années. De merveilleuses amitiés sont nées de ces rencontres fortuites, sans méfiance, sourire et accent aux lèvres! Maintenant, je voyage encore seule, mais pas longtemps: l'avion, le train et hop! je me retrouve chez ces chers amis connus au Festival interceltique de Lorient...
Bons voyages, les filles!