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21/09/2009

Voyager seule : aller au bout de son rêve


Dans un train au Japon, en 2001 (collection personnelle)

On dira ce qu'on voudra, les femmes qui bourlinguent en solo ne font pas le même voyage que les hommes. Malgré des décennies de féminisme, nous ne serons jamais leurs «égales» sur le plan physique. Cette réalité teinte forcément notre manière de voir le monde et d'aller à sa rencontre.

Déjà, enfant, on nous «programme» de sorte à ne jamais oublier notre vulnérabilité. La peur n'est jamais bien loin. Nous sommes toujours conscientes de nos limites. Du fait que nous sommes des femmes, justement. Est-ce pour autant une raison de s'empêcher de voir du pays seules? NON, bien sûr!

Mon premier voyage en solo à Lisbonne à 23 ans

J'ai bourlingué en solitaire en Afrique, en Europe et en Asie. Chaque fois, j'ai quitté le sol québécois avec la même peur au ventre. Mais jamais je ne l'ai laissée me tétaniser. Elle restait tapie au fond de moi, un peu comme une petite voix qui me disait de ne pas oublier le danger. Elle a même influencé mes choix de destinations. Dans la plupart des coins d'Asie que j'ai visités, je me suis sentie plus en sécurité que dans mon propre pays.

Voyager seule m'a par ailleurs permis de tisser des liens, tant avec d'autres voyageurs qu'avec des aborigènes, chose qui est souvent moins spontanée quand on voyage avec des copains. De me recentrer sur moi-même tout en m'ouvrant aux autres. De m'approcher encore plus près de cette belle illusion qu'est la liberté.

Tout est d'abord une histoire de gros bon sens. Que je me trouve à Montréal, à Bangkok ou à Bamako, je ne prends pas de risques inutiles. Je préfère emprunter les artères principales plutôt que les ruelles étroites, même en plein jour. Je m'informe, aussi. Voyager, c'est s'adapter et respecter l'autre et ses croyances. Pas question de porter des robes à bretelles spaghetti dans des pays où ma tenue serait perçue comme indécente et provocatrice!

Devant l'un des temples d'Angkor, au Cambodge

Paranoïaque? Par moments, oui! Mais je préfère avoir l'imagination un peu trop fertile qu'être insouciante (bien qu'il me semble important de garder une toute petite part de naïveté!). Par ailleurs, j'ai souvent craint bien davantage les autres touristes que les habitants des pays visités...

L'assassinat de Renée Wathelet, une blogueuse que j'admirais et appréciais énormément, a suscité toutes sortes de réactions sur les diverses tribunes. Certains n'ont pas hésité à critiquer son choix d'aller s'installer seule au Mexique. D'autres, à carrément la traiter d'inconsciente. Pourtant, l'auteure d'En direct des îles avait choisi un coin de pays plutôt paisible, loin des zones les plus risquées du Mexique. De plus, elle connaissait bien sa terre d'adoption pour y avoir séjourné à de nombreuses reprises et s'y était fait de nombreux amis.

Comme l'ont écrit ses proches dans un texte relayé par plusieurs membres des médias sociaux ce matin, la blogueuse n'entretenait aucun lien avec son assassin, contrairement à ce que certains médias ont pu laisser croire. Ce dernier a été aperçu près des lieux du crime tôt en matinée le 17 septembre dernier. Il a profité du passage d'une dame qui faisait du porte à porte pour sensibiliser les gens aux maladies transmissibles par les insectes pour s'introduire dans l'appartement de Renée. Le motif le plus plausible à l'heure actuelle reste le vol.

Une malchance qui aurait pu se produire n'importe où? Serait-elle toujours en vie si elle était restée «sagement» à Montréal? L'assassin a-t-il choisi sa victime parce qu'elle était blanche, comme le croient les témoins rencontrés? Personne ne peut répondre avec certitude à ces questions. Ce dont je suis persuadée toutefois, c'est que Renée encouragerait n'importe quelle femme à aller au bout de son rêve de voir du pays, même aujourd'hui.

***

Pratico-pratique

Seule devant un temple, à Tokyo (2001)

- Des tas d'articles, de blogues et de bouquins destinés aux femmes qui voyagent seules ont été écrits. Quelques pistes : Journeywoman, Women Travel Tips, Voyager au féminin (dossier du Routard) et Voyager seule en toute liberté (un article signé Anne Marie Parent).

- Le ministère des Affaires étrangères et Commerce international Canada publie Voyager au féminin - Conseils pour la voyageuse vigilante et et accomplie.

- À lire absolument : le billet « Voyager en solo » de la journaliste et blogueuse française Corinne Bourbeillon.

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Biographie

Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.