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27/09/2009

Mon Moleskine et moi

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C’est lors d’une de mes virées parisiennes qu’il est entré dans ma vie. Je cherchais un calepin pour prendre des notes. Il m’attendait au détour d’une allée de la FNAC. Son prix m’a fait sourciller : douze euros pour un petit paquet de feuilles reliées ? La couverture avait beau être rigide, cela me semblait un peu exagéré, même à Paris ! Mais son format pratique et mon empressement l’ont emporté.

En l’ouvrant, j’ai réalisé que je n’avais pas choisi n’importe quel carnet :  « Moleskine® is the heir of the legendary notebook used for the past two centuries by artists and thinkers, from Vincent Van Gogh to Pablo Picasso from Ernest Hemingway to Bruce Chatwin. »  Je l’avais choisi, lui. Le porteur des mots d'Hemingway. Le meilleur compagnon de voyage auto-proclamé ! Forcément, ce que j’écrirais dedans aurait toutes les chances de passer à l’histoire, non ?

Seulement voilà, j’avais simplement besoin de gribouiller quelques infos pour un article. Des adresses, des impressions, quelques indications pêle-mêle, une « to do list » et le numéro de mon vol de retour. Pas très élevé comme potentiel mythique ! J’avais malgré tout le sentiment de faire partie d’un cercle d’initiés, d’appartenir à la « haute société du calepin sacré » au même titre que Stéphane Mallarmé et Jean-Paul Sartre, d’autres grands noms cités par la compagnie.

De retour à Montréal, j’ai mené ma petite enquête. Il m’intriguait, mon petit carnet rouge. Je découvre rapidement qu’une véritable communauté s’est tissée autour de l’objet culte, que des voyageurs ne jurent que par lui, que des expositions le mettant en vedette sont présentées aux quatre coins de la planète, que des blogues lui sont consacrés et que des dizaines de fans feuillettent leur calepin dans les sites de partage vidéo comme s’il se fût agit d’œuvres d’art uniques. Comment se faisait-il que j’apprenne l’existence du Moleskine si tard ?

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La réponse était toute simple : parce qu'il n'existait pas vraiment à l'époque où je dévorais tout sur mes idoles littéraires. C'est un article d’Eco89 qui m'a permis de découvrir le pot aux roses. Le journaliste Pascal Riché, qui a lui aussi eu l’impression d’appartenir à un clan V.I.P. en déboursant les 16 euros du modèle qu’il s’est offert, a rapidement recouvré ses esprits en discutant avec Maria Sebregondi, responsable de la marque Moleskine chez Modo et Modo, maison d'édition milanaise achetée en 2006 par SGCapital Europe. 

Il écrit : « Pourtant, c'est là le plus fort de l'histoire, ni Hemingway, ni Picasso, ni Van Gogh, ni Céline, ni Mallarmé n'ont jamais utilisé de carnet de la marque Moleskine… Pour une raison simple : la marque n'existait pas à leur époque. » La société italienne Modo et Modo, qui écoule 4,5 millions par an (dont 60 % en librairie) de ces carnets supposément mythique annuellement à travers le monde, a créé et déposée la marque Moleskine... en 1998. L'objet est inspiré des calepins que trimballaient les grands artistes, sans plus.

« Today, Moleskine is synonymous with culture, travel, memory, imagination, and personal identity, both in real life and the digital world. »… Quel voyageur n'a pas envie de s'identifier à cela ? 

Même en étant consciente de la supercherie marketing, je dois admettre qu'une partie de moi a envie de croire qu’Hemingway l’a réellement trimballé lors de ses pérégrinations… À chacun son Père Noël !

À propos du nom : « L’écrivain anglais Chatwin est le premier à avoir parlé de "carnet Moleskines" dans son roman Le Chant des pistes, publié en 1987, mentionne Pascal Riché. Moleskine vient de "Mole skin" ("peau de
taupe") et désigne un coton vernis qu'on utilisait autrefois (pour couvrir des banquettes, par exemple). »

 Marie-Julie Gagnon

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Marie-Julie GagnonMarie-Julie Gagnon

Sorte de créature hybride à mi-chemin entre Minifée et Carrie Bradshaw, Marie-Julie Gagnon aime autant parcourir la planète sac au dos qu’avec sa valise à roulettes. Aujourd’hui journaliste, reporter, chroniqueuse, auteure et bloggeuse, elle n’arrive toujours pas à choisir le chapeau qu’elle préfère.

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