Mon Moleskine et moi
En l’ouvrant, j’ai réalisé que je n’avais pas choisi n’importe quel carnet : « Moleskine® is the heir of the legendary notebook used for the past two centuries by artists and thinkers, from Vincent Van Gogh to Pablo Picasso from Ernest Hemingway to Bruce Chatwin. » Je l’avais choisi, lui. Le porteur des mots d'Hemingway. Le meilleur compagnon de voyage auto-proclamé ! Forcément, ce que j’écrirais dedans aurait toutes les chances de passer à l’histoire, non ?
Seulement voilà, j’avais simplement besoin de gribouiller quelques infos pour un article. Des adresses, des impressions, quelques indications pêle-mêle, une « to do list » et le numéro de mon vol de retour. Pas très élevé comme potentiel mythique ! J’avais malgré tout le sentiment de faire partie d’un cercle d’initiés, d’appartenir à la « haute société du calepin sacré » au même titre que Stéphane Mallarmé et Jean-Paul Sartre, d’autres grands noms cités par la compagnie.
De retour à Montréal, j’ai mené ma petite enquête. Il m’intriguait, mon petit carnet rouge. Je découvre rapidement qu’une véritable communauté s’est tissée autour de l’objet culte, que des voyageurs ne jurent que par lui, que des expositions le mettant en vedette sont présentées aux quatre coins de la planète, que des blogues lui sont consacrés et que des dizaines de fans feuillettent leur calepin dans les sites de partage vidéo comme s’il se fût agit d’œuvres d’art uniques. Comment se faisait-il que j’apprenne l’existence du Moleskine si tard ?
La réponse était toute simple : parce qu'il n'existait pas vraiment à l'époque où je dévorais tout sur mes idoles littéraires. C'est un article d’Eco89 qui m'a permis de découvrir le pot aux roses. Le journaliste Pascal Riché, qui a lui aussi eu l’impression d’appartenir à un clan V.I.P. en déboursant les 16 euros du modèle qu’il s’est offert, a rapidement recouvré ses esprits en discutant avec Maria Sebregondi, responsable de la marque Moleskine chez Modo et Modo, maison d'édition milanaise achetée en 2006 par SGCapital Europe.
Il écrit : « Pourtant, c'est là le plus fort de l'histoire, ni Hemingway, ni Picasso, ni Van Gogh, ni Céline, ni Mallarmé n'ont jamais utilisé de carnet de la marque Moleskine… Pour une raison simple : la marque n'existait pas à leur époque. » La société italienne Modo et Modo, qui écoule 4,5 millions par an (dont 60 % en librairie) de ces carnets supposément mythique annuellement à travers le monde, a créé et déposée la marque Moleskine... en 1998. L'objet est inspiré des calepins que trimballaient les grands artistes, sans plus.
« Today, Moleskine is synonymous with culture, travel, memory, imagination, and personal identity, both in real life and the digital world. »… Quel voyageur n'a pas envie de s'identifier à cela ?
Même en étant consciente de la supercherie marketing, je dois admettre qu'une partie de moi a envie de croire qu’Hemingway l’a réellement trimballé lors de ses pérégrinations… À chacun son Père Noël !
À propos du nom : « L’écrivain anglais Chatwin est le premier à avoir parlé de "carnet Moleskines" dans son roman Le Chant des pistes, publié en 1987, mentionne Pascal Riché. Moleskine vient de "Mole skin" ("peau de taupe") et désigne un coton vernis qu'on utilisait autrefois (pour couvrir des banquettes, par exemple). »
– Marie-Julie Gagnon
Commentaires
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Rédigé par : Indigonat | 27 sep 2009 12:56:47
J'avais lu cet article l'hiver dernier. J'ai trouvé qu'ils avaient vraiment trouvé une belle façon de faire parler de leur produit. Moi, j'ai une folie des cahiers, une folie de beaux papiers, mais malgré les dizaines de carnets de voyage papier, je n'ai pas encore succombé au Moleskine. Pourquoi? Je suis attirée par la couleur et les textures et je l'ai longtemps trouvé trop "plain". Peut-être un jour j'en aurai un moi aussi, mais d'ici là, je continuerai de m'extasier devant un nouveau modèle de carnet découvert sur ma route. À Montréal, le meilleur endroit pour s'en procurer est Nota Bene sur Park. Si tu aimes les beaux carnets illustrés et les contenus originaux, va voir le 1000 Journals Project. Ils ont laissé traîné 1000 carnets dans divers endroits de la planète et les gens les complètent une page à la fois quand ils les trouvent. C'est fascinant. J'ai acheté un livre qui fait un collage d'extraits de ces livres. http://www.1000journals.com/
Rédigé par : Marie-Julie | 27 sep 2009 13:13:09
@Indigonat: Wow! Merci! J'adore les projets du genre. Pour les carnets Moleskine, j'en ai trouvé aussi chez Multimags, sur Mont-Royal. Ça me plaît bien qu'ils soient «plain», justement, ils passent incognito tout en restant classe. J'aime leur format, la couverture rigide, le signet et l'élastique qui le garde bien fermé malgré ce qu'on glisse à l'intérieur. Mais j'avoue qu'après avoir lu l'article d'Eco89, mon enthousiasme s'est teinté d'un peu de désillusion... ;-)
Rédigé par : Annabelle | 27 sep 2009 14:49:30
Moi aussi j'ai acheté un Moleskine à 16 euros! Je l'avais choisie car le petit texte m'avait séduite et comme je venais d'arriver en France, je me disais que ça devait être dans les prix. Lorsque j'ai découvert dans le magasin d'à côté un autre carnet sans nom à 3 euros, j'ai eu envie de retourner mon calepin noir, mais je ne l'ai pas fait! Ça me fait plaisir de savoir aujourd'hui qu'il y a une histoire autour (l'histoire de la non histoire, c'est génial) , 5 ans plus tard, je viens de rentabiliser cet achat!
Merci!
Rédigé par : Martine | 27 sep 2009 16:01:52
Moi aussi j'ai eu l'impression de m'être un peu faite avoir par la légende, mais les Moleskines ont au moins l'avantage d'être bien faits, résistants et, oh miracle, ils s'ouvrent complètement à plat, ce que peu de cahiers permettent de faire.
Je suis une acheteuse compulsive de cahiers en tous genres. Je rêve toujours de les remplir de projets de fiction... pour finalement presque toujours travailler à l'ordinateur et écrire de moins en moins à la main!
J'aime aussi beaucoup les produits de la compagnie Semikolon. L'Essence du papier en est propriétaire et c'est québécois (je crois). J'ai plusieurs de leurs boîtes et et porte-magazines dans mon bureau à la maison.
http://pierrebelvedere.com/fr/index_produits_semikolon-international.cfm?flip=1
Rédigé par : Marie l'urbaine | 27 sep 2009 21:04:51
Et la photo, sont-ce tes cahiers de travail depuis l'achat de ton premier ?
Rédigé par : Marie-Julie | 27 sep 2009 23:21:18
@Annabelle : «L'histoire de la non-histoire»... lol
@Martine: Même chose pour moi. De là l'intérêt de me procurer des calepins de meilleure qualité: ils durent plus longtemps parce que je prends presque toutes mes notes à l'ordinateur!
@Marie l'urbaine: Mais non! Je n'aurais jamais la patience de faire ce genre de collage... lol Ce sont des photos qui proviennent de la compagnie. Je n'ai acheté qu'un Moleskine à ce jour et ne l'ai pas encore rempli... ;-)
Rédigé par : Katerine | 28 sep 2009 17:04:17
Rhaaa, le mythe s'écroule!
Des Moleskine, j'en ai des petits, des grands, des à lignes, des à petit carreaux, des à pages blanches, des rouges, des noirs et cette année, j'ai même acheté l'agenda, pas pratique du tout, mal foutu, mais avec THE couverture noire et l'élastique qui le tient bien fermé... Tout ça pour faire comme Hemingway et Picasso...
Et là, j'apprends ce soir à 22h55 heure française que Picasso n'a jamais griffonné le moindre minotaure dans un Moleskine, qu'Hemingway n'a jamais tracé la plus petite ligne d'un début de roman dans un Moleskine... Pppfffff....Y'a pas de doute, c'est la crise...